"La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée" Platon



3 déc. 2016

L'OCEAN

L'océan à Brétignolles-sur-Mer

25 nov. 2016

BOUTEILLE DE LAIT A LA MER





Cette lycéenne, fille d’un producteur de lait à Landudec, dans le Finistère, a écrit son ressenti dans une lettre à son père. Un groupe Facebook l’a publiée, la machine médiatique s’est emballée.

L’histoire

Une pensée d’adulte dans une tête d’ado. À 16 ans, comme le soulève sa Mamie Gisèle, Manon Kernoa fait preuve d’une « très grande maturité. Elle a senti le poids des difficultés du monde agricole, qui peuvent aller jusqu’à un point de non-retour ». Un samedi soir d’octobre, cette fille d’un producteur laitier de Landudec (Finistère), s’ennuyait un brin. « J’ai eu envie d’écrire. J’avais des idées dans ma tête depuis longtemps. »

Je voulais la garder pour moi. Mais je me suis dit que je devais la publier car je ne devais pas être la seule à penser ça. » En une poignée de mots, elle dresse le constat d’un monde paysan difficile, où il faut se battre pour survivre. Parvenir à manger quand son quotidien est de nourrir les autres.


« Faire prendre conscience »
Elle l’envoie au groupe Facebook « La bataille des producteurs de lait ». Il la publie le 11 novembre. Les like se multiplie. Une radio locale prend le relais, la machine médiatique s’emballe. « Je ne m’attendais pas à ça. C’est fou ! Je me suis toujours intéressée à l’agriculture. Mais on n’aborde pas trop ce sujet en famille. » Cette prouesse épistolaire s’adresse « à tout le monde. Pour faire prendre conscience ».Après publication, elle fait lire la lettre à son père. « Il m’a dit qu’il était fier de moi. Ça m’a vraiment fait plaisir. » Mardi, au lycée Saint-Blaise de Douarnenez où elle prépare un bac ES, « une prof m’a prise dans ses bras. Tout le monde a été très surpris car je suis discrète ». « Je sais qu’elle est brillante, glisse Guénaëlle, sa maman. Mais je ne m’attendais pas à une telle lettre… » « Je me suis dit : La vache ! lance Mamie Gisèle. Elle a libéré la parole. Je la remercie d’avoir mis des mots sur tous ces maux. »

« Mon père, ce héros »

« Mon père, 53 ans, est agriculteur dans une petite ville de Bretagne. Certes, il y en a beaucoup dans ce cas, même si ce nombre ne cesse de baisser. Certes, il y a d’autres métiers plus difficiles que celui-là, plus physiques, qui touchent à la santé, à la protection. Mais j’ai peur pour l’avenir.
Et oui, à 16 ans, j’ai peur pour l’avenir. Quelle idée ! J’ai peur de ce que les petites fermes de campagne vont devenir. Elles sont ancrées dans nos paysages, ont hérité de nos parents, de nos grands-parents, voire de nos arrières grands-parents. Elles font partie de notre patrimoine ! Que va devenir mon père, quand il n’y aura plus que des fermes de 1 000 vaches, des usines de poudre à lait, ou encore des steaks totalement chimiques ?
De plus, l’État, ainsi que l’Europe, leur donnent de moins en moins d’aides. Que penser, quand nous entendons tous les jours, à la télévision ou à la radio, que le prix du lait ne cesse de baisser, passant sous la barre des 30 centimes au litre ? Connaissez-vous beaucoup de personnes, qui après une semaine de travail déjà difficile, sacrifieraient leurs week-ends en amoureux, leurs vacances en famille, pour nourrir des individus qui n’ont aucune considération de leur travail, qui cherchent toujours à trouver le prix le plus faible pour manger, en ignorant leur provenance, quitte à endetter les agriculteurs français ?
Seriez-vous prêt à vous installer dans une exploitation, lorsque tout votre entourage ne vous le conseille pas ? Seriez-vous prêt à vous engager dans une nouvelle vie, avec ses avantages et ses inconvénients ? Seriez-vous prêt à suivre votre vocation, alors que l’avenir ne semble pas être à votre avantage ? Et oui, à 16 ans, j’ai peur pour l’avenir. Sauvez les agriculteurs français, mangez français ! »


Manon, fille d’un agriculteur breton.
Article dans Ouest France. Edition de Pont-l'Abbé. Publication du 24 novembre 2016



19 nov. 2016