"La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée" Platon



20 janv. 2015

J'AI BIEN CONNU TA MERE

https://www.actualitte.com/communiques/j-i-bien-connu-ta-mere-de-claude-sophie-gibrat-1984.htm


"Après la mort de sa mère, Camille met cinq ans avant de pouvoir ouvrir les cahiers d'écriture qu'elle a laissés. Trop de peine, trop de difficulté à l'exprimer. Le deuil ne se fait pas...
Lorsqu'elle les ouvre enfin, elle découvre que sa mère, encore toute jeune, a vécu un amour dévorant qui s’est soldé par un échec douloureux.
 

Camille, qui a toujours vu sa mère écrire, comprend à quel point l’écriture a été vitale pour dépasser cet échec.
« Je sais maintenant que l'écriture m'a sauvée de quelque chose qui s'apparentait, je pense, à de la folie. Longtemps, j'ai cru que l'écriture me libérait mais elle ne me libérait pas, elle me donnait vie."

Camille décide de retrouver l’amour de jeunesse de sa mère, seulement désigné par l'initiale "R" dans ses carnets. Elle doit alors se replonger dans les années de la deuxième guerre mondiale.

Ce roman alterne des extraits des carnets de sa mère et l'enquête que Camille entreprend, à un moment où son père est encore en vie et où elle doit lutter contre sa culpabilité envers lui, d'autant que leurs relations se sont dégradées suite au décès de sa mère.
"En perdant ma mère, j'ai aussi perdu mon père, du moins celui que je connaissais ou que je croyais connaître".

Il met en écho l’écriture d’une mère et celle de sa fille, l’écriture comme moyen de dépasser le deuil, de se libérer d'une peine trop grande, de retrouver le goût de la vie ?
L’écriture comme fil rouge de deux vies ?
« N’est-on pas toujours un peu sa mère ? »

C'est mon premier coup de coeur "lecture" de cette année, il m'a bouleversée pour plusieurs raisons.

La première est d'avoir pu entrer dans l'intimité de cette femme qui portera son secret jusqu'au bout de ses forces.

Extrait :

Plus tard, elle m'a dit :

" J'aime repasser, c'est une activité calme et solitaire, qui laisse de la place pour penser, et puis j'adore l'odeur du linge propre dans la vapeur du fer.
Je n'aime pas l'automne, je crois que c'est la période de la guerre qui m'a fait détester cette saison ; je suis toujours angoissée en automne.
J'ai toujours écrit mon prénom Suzan, à l'anglaise, mais je suis la seule à le faire, avec toi, de temps en temps ; d'ailleurs ça ne plaît pas à ton père...
J'ai vu à la télé "Sur la route de Madison", j'ai adoré ce film, je l'ai acheté en cassette et je l'ai revu de nombreuses fois.
Une vie passe vite, tu sais, essaie de profiter de tous les instants."

La seconde, c'est que maintenant je connais et comprends encore mieux Norma C, même si je ne la connais qu'à travers ses commentaires sur nos blogs, ses tableaux, ses mots en privé.


Je reprends les mots de sa mère pour imaginer le combat que Camille a dû mener contre elle-même dans cette quête de vérité :

"C'est pour tenter de juguler cet éclatement de ma pensée que je me suis mise à écrire, ce n'est qu'en écrivant qu'il me semblait que je contenais un peu cette "chose" [...]
Durant ces trois mois, j'ai écrit pour tenter d'étouffer la fragmentation de ma pensée, d'endiguer cette brèche née, je pense, de la douleur."

Une mère, une fille qui part à la recherche posthume de sa mère, enfin celle qu'elle croyait connaître même dans les moments forts de complicité.
Un secret d'amour d'une vie entière comme héritage lourd à porter.

Enfin, cette question qui nous concerne toutes et tous :

Que savons-nous vraiment de nos propres parents ?